Martine Cerf : la laïcité et le paradoxe patriarcal de l’Alsace – Moselle

Martine Cerf est Secrétaire générale de l’association « Egale » (Egalité, Laïcité, Europe) et Gérante d’une société de conseil et formation.

ESPRITL_MARTINE_CERF_003ESPRITL_MARTINE_CERF_002Martine Cerf est également co-autrice du livre « Ma liberté, c’est la Laïcité » et co-Directrice du « Dictionnaire de la laïcité« . « Ce combat pour la laïcité et l’égalité, je le mène pour que jamais personne ne puisse imposer à l’un de mes enfants et à ceux de leur génération ce qu’ils doivent croire et comment ils doivent penser. »

 

 

L’Alsace et la Moselle se distinguent par leur particularisme d’un point de vue juridique entre autres. En effet, l’extension de la loi de 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État se fait attendre. Pouvez-vous expliquer ce que le concordat d’Alsace et Moselle implique concrètement ?

— D’abord il n’y a pas que le concordat dans ces départements, lequel est un accord entre la France et le Vatican ; il y a tout un corpus juridique fait aussi de lois organiques pour la gestion des cultes par le gouvernement, de lois anciennes non abrogées (un reste de loi Falloux par exemple) et des lois allemandes. Ce qui donne au total : une reconnaissance des cultes catholique, protestants et israélite par l’État. Celui-ci subventionne ces cultes et  rémunère leurs prêtres. Les autorités territoriales financent le culte musulman qui ne figure pas parmi les cultes reconnus. Une autre conséquence est l’enseignement obligatoire des religions reconnues à l’école publique, ce qui fait que les écoliers alsaciens et mosellans disposent d’une heure de moins que les autres écoliers français pour les autres apprentissages.

 

Le délit de blasphème a récemment été abrogé en Alsace et en Moselle (2017). Quelle est la genèse de ce « délit de blasphème » introduit dans le droit local ? 

— Le délit de blasphème était une survivance des lois allemandes appliquées à l’Alsace et à la Moselle après leur annexion par l’Empire en 1870. Il a subsisté dans le droit local jusque-là, et a fini par être abrogé, ce qui paraissait être une évidence pour tout le monde, après les attentats qui avaient décimé la rédaction de Charlie hebdo.

 

En Alsace et Moselle, le fait religieux y est légion. Les partisans du régime concordataire envisagent-ils de l’étendre à d’autres religions ?

— C’est effectivement une tentation qu’ils manifestent régulièrement. On voit régulièrement apparaître des recommandations qui vont dans ce sens, mais ce serait anticonstitutionnel. Le Conseil constitutionnel a figé le régime des cultes dans la région. Toute extension de ce régime dérogatoire est interdite et les évolutions ne peuvent se faire que dans le sens d’un rapprochement avec la loi commune.

 

En France, la laïcité est clairement définie dans la Constitution et dans la loi de 1905 mais l’amalgame entre « séparation » et « neutralité » est abondamment repris dans les médias. Quels sont les facteurs de cette confusion des esprits concernant sa définition ?

— La confusion a plusieurs sources : elle peut provenir de l’ignorance. Beaucoup de commentateurs ne perçoivent pas la différence entre la neutralité et la séparation et se contentent de répéter que la laïcité est la neutralité de l’État simplement, en oubliant la séparation qui va plus loin. Car un État neutre peut parfaitement financer les cultes, ce que la séparation interdit. D’autres occultent volontairement la séparation, car leur intention réelle et non ouvertement avouée est de glisser insensiblement vers une simple neutralité de l’État et vers un financement public des cultes. C’était le sens du rapport Machelon, commandité par l’ancien président Sarkozy, dont malheureusement, certaines recommandations concernant le financement ont été mises en place.

 

La laïcité est évidemment source de libertés tant sur le plan individuel que collectif. Pouvons-nous affirmer que les droits des femmes (et des enfants) sont indissociables de la laïcité ?

— Oui, ces droits ont impérativement besoin de la laïcité pour être préservés. La laïcité constitue un bouclier contre les règles et interdits religieux que d’aucuns voudraient imposer aux femmes encore aujourd’hui. Ce qu’on a longtemps présenté comme des « droits naturels » étaient en réalité la justification d’un ordre patriarcal et contraignant pour les femmes, dont on pouvait en toute bonne conscience ignorer les droits et les libertés.

 

Votre mot de la fin :

— La laïcité permet aux citoyens et aux citoyennes de s’affranchir définitivement de cet ordre patriarcal d’un autre temps, pour faire advenir enfin, une société où les femmes et les hommes seront réellement libres et égaux. Les récentes dénonciations par les femmes des violences qu’elles ont longtemps subies en silence ouvrent peut-être la voie à une prise de conscience plus large qui pourrait bien favoriser des avancées majeures dans ce sens.

Par Esprit L

 

 

 

 

 

 

Source :

– Site « Egale » http://www.egale.eu/

 

 

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